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Qu'est-ce qu'un fonds vautour ?

08-11-2007

On désigne sous l'appellation de "fonds vautours" les fonds d'investissements spécialisés qui rachètent les dettes d'entreprises ou de pays en difficulté .

Les "fonds vautour" ont pour nom en anglais  "Vulture fund" .

Les « fonds vautour » sont connus pour profiter des failles juridiques afin d’accumuler de confortables plus-values sur le dos des plus faibles.

La première activité de ces fonds est d'acheter les dettes d'entreprises en difficulté afin d'en prendre le contrôle et de les restructurer.

L’autre spécialité des fonds vautour est de racheter, à très bas prix, des créances sur des Etats pauvres.

L’objectif dans ce cas, est d’obtenir, devant les tribunaux, le remboursement de l’intégralité de ces dettes, majorées de lourdes pénalités.

Actuellement, 11 pays seraient la cible de 44 procès intentés par des créanciers privés - pour l’essentiel des fonds vautours - qui réclament 1,9 milliard de dollars au total, d’après le Fonds monétaire international (FMI).

Les plus grosses sommes sont demandées à la République du Congo (900 millions de dollars de dédommagements déclarés), au Cameroun (347 millions de dollars) et au Nicaragua (276 millions de dollars).

Les PVD se retrouvent ainsi lésés, puisqu’en contrepartie de leurs efforts, ils n’obtiennent aucune réduction de leur dette, voire plutôt une augmentation de celle-ci.

Dans un premier temps, ils achètent, sur le marché de la dette "décotée", les obligations d'une entreprise en difficulté.

Puis ils participent à la table des négociations de la restructuration avec les autres créanciers.

Ils essaient d' obtenir la revalorisation de leurs créances ou les convertir en fonds propres de la société.

En six mois, l'opération doit leur permettre de réaliser un profit moyen d'au moins 15 %.

Ils disposent d'une solide équipe d'analystes financiers,et repèrent  les entreprises en difficulté qui ont le plus de chances de sortir la tête de l'eau.

Ils ont  des compétences juridiques et des connaissances très pointues des divers droits des faillites, ce qui nécessite la collaboration de nombreux avocats et juristes.

Ils disposent de banques de données très approfondies qui leur permettent d'apprécier la valeur de base de leur créance.

Le problème aussi pour les cibles est qu'elles doivent engager aussi des avocats pour les défendre ce qui est très coûteux pour elles.

Ces fonds prennent cependant des risques car ils sont donc à la merci d'une crise financière.

D'autre part, leur arrivée au chevet d'une entreprise  n'est pas forcément un signe de mauvais augure.

Ils leur apportent des capitaux à un moment où elles en ont besoin.

Et si certains polluent la négociation du redressement financier d'une société, ils ont en général le même intérêt que cette dernière : sortir au plus vite de la crise.

Quand ils investissent dans une entreprise, celle-ci est presque sûre d'échapper à la liquidation judiciaire.

Il n'existe pas de données officielles sur ces fonds et leur activité.

En effet, ils travaillent sur un marché de gré à gré, non organisé, où les prix des actifs ne sont pas publics.

Ils préfèrent aussi rester dans l'ombre pour négocier au mieux leurs intérêts lors des restructurations.

Selon les estimations, les montants investis dans ces fonds atteindraient aujourd'hui au mieux 5 % du total des encours gérés par les hedge funds, soit environ 1,3 milliard de dollars (1 milliard d'euros).

Ces fonds ne pésent donc pas un poids énorme sur le marché des capitaux.

Ils existent depuis déjà une quinzaine d'années aux Etats-Unis, où ils ont prospéré avec les faillites retentissantes du courtier en énergie Enron (en 2001) et de l'opérateur de télécommunications WorldCom (en 2002).

Les banques leur ont permis de se développer parrce qu'elles veulent de moins en moins conserver des créances  risquées.

Au lieu de provisionner dans leurs comptes les créances des sociétés qui risquent de faire défaut, les banques les revendent sur le marché de la dette bancaire, où des enchères sont organisées.

En France, ces fonds sont arrivés au début des années 2000 pour profiter de la vague de restructurations consécutives à la déconfiture de certains grands groupes français.

Ces fonds ont été porteurs d'Océanes (obligations convertibles ou échangeables en actions nouvelles ou existantes) chez le constructeur informatique Bull et chez l'éditeur de jeux vidéo Infogrames.

Ils ont aussi détenu des emprunts obligataires du groupe d'énergie et de transport Alstom et du spécialiste des soins à domicile LVL Medical, et de la dette bancaire de l'exploitant de parcs de loisirs EuroDisney.

Les acteurs les plus souvent cités dans les opérations de restructuration sont Cerberus Capital Management, Strategic Value Partners, Trafalgar Asset Managers, Oaktree Capital Management et Soros Fund Management.

Ces deux derniers participent à la renégociation de la dette d'Eurotunnel.

De grandes banques - Goldman Sachs, Morgan Stanley, Lehman Brothers... - ont aussi développé ce type de stratégie pour leur propre compte.

Des pays en difficulté, comme la Zambie ont été victime de ces fonds.

Un fonds, basé dans les îles Vierges britanniques, avait racheté pour la modique somme de 3,2 millions de dollars une créance de 30 millions contractée en 1979 par le Zambie auprès de la Roumanie. Donegal réclamait la somme de 55 millions à la Zambie au titre des intérêts courus.

Fin avril, la Haute Cour de Londres a décidé de fixer le montant du remboursement à 15 millions. Le fond Drogbal a pu réaliser une plus-value de près de 400 %.

Kinsington International, qui est l'un de ces fonds vautours, avait racheté pour 1.698.596 dollars quatre dettes du Congo d'un montant de 32.580.000 dollars datant des années 1980 .

Ce fonds a obtenu d'un tribunal britannique la somme  de 121.365.437 dollars avec des intérêts de 8% l'an.

Le marché sur lequel les fonds achètent cette "distressed debt" pèserait 0,68 % du total des emprunts dits à "haut rendement" en Europe (1,95 % aux Etats-Unis).

C'est un marché assez étroit mais qui inquiéte les autorités internationales.

Les fonds vautours suscitent une large désapprobation internationale mais offrent des rendements attractifs. 

Le FMI ainsi que quelques associations humanitaires se sont emparées du dossier et exigent des pays qui hébergent ces fonds de faire pression sur ces entités.

La France souhaite que les créanciers publics s'engagent à ne plus vendre les dettes qu'ils détiennent auprès des PPTE sur les marchés secondaires. Elles souhaitent ainsi protéger les proies des vautours.

 
D'autre part,Paris demande que le FMI et la Banque mondiale aident juridiquement les pays les plus pauvres à se défendre devant les tribunaux lorsqu'ils sont attaqués.

Les Anglais sont favorables à une réglementation mais les Américains assez réticents.

Sur 44 procès en cours, 26 ont été remportés contre 7 pays .




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