24-01-2009
Acalmie sur le marché monétaire L'accalmie est déjà une réalité sur le marché interbancaire grâce aux injections massives de liquidités par les banques centrales et à l'entrée des Etats au capital des banques. L'écart entre le Libor à trois mois et le taux au jour le jour est revenu à 1%, un niveau équivalent à celui affiché avant la faillite de Lehman Brothers. Dans les semaines ayant suivi cet événement, l'écart avait frisé les 4% aux Etats-Unis. Des doutes subsistent quant à la solidité de certains établissements financiers et une normalisation définitive du marché interbancaire nécessitera un nettoyage des bilans, ce qui prendra des mois et fait vaciller les marchés. Les autorités ont dû se porter garantes des emprunts contractés par les groupes les plus en difficulté, comme les banques ou les géants de l'automobile. Ce qui a permis à ces derniers d'emprunter à bien meilleur compte. Prime de risque élevée sur les emprunts des entreprises On attend maintenant le dégonflement des primes de risque auxquelles font face les entreprises qui ne bénéficient pas du soutien gouvernemental. On commence à voir une détente pour les sociétés les plus saines, dites «investment grade». Ceci va dans le bon sens. La confirmation d'une amélioration plus large ne pourra cependant venir que d'une stabilisation des indicateurs économiques. Nous n'y sommes pas encore. Le mois de janvier devrait d'ailleurs battre des records en termes de volume d'émissions d'obligations en euros de la part des entreprises non financières. Déjà plus de 33 milliards d'euros ont été empruntés depuis le 1er janvier. Ce fut d'abord au tour des compagnies pétrolières d'être à l'honneur. Le français Total et l'italien ENI ont sollicité avec succès les investisseurs pour respectivement 750 millions et 1,5 milliard d'euros. Dans un autre style, Casino a réussi à lever 500 millions d'euros. Le distributeur français est ainsi le premier émetteur ayant une aussi mauvaise notation, tout en étant dans la catégorie investissement, puisqu'il bénéficie d'un triple B - accordé par Fitch IBCA, à venir cette année sur le marché. Pour des obligations remboursables en août 2012, soit une maturité de trois ans et demi, il a ainsi dû payer une prime de 530 points de base (5,3 %). Comment l'atmosphère sur le marché primaire est-elle passée en quelques semaines de la fin du monde à un optimisme béat ? Les banquiers mettent ce bouleversement sur le compte d'une réallocation massive des fonds détenus par les investisseurs tombés sous le charme du marché du crédit. En période de crise économique, la détention d'une action présente deux risques réels : la forte réduction, voire la disparition, du dividende et l'anéantissement de la valeur du titre. En revanche, il y a une quasi-certitude du côté versement des intérêts et souvent un espoir du côté capital pour le porteur d'obligations qui bénéficie de privilèges particuliers. Entre une rémunération à plus de 7 % pour des titres à trois ans et rien du tout, entre une chance de récupérer sa mise et aucune, l'obligataire se sent aujourd'hui plus chanceux que l'actionnaire. D'où un transfert de fonds pour changer de perspectives. Et oublier que lors des belles et grandes faillites, obligataires et actionnaires se retrouvent à égalité.
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